Salaünmag N°15
Salaün mag | Page 119 au fil de l ’ eau et de l ’ histoire Un journal qui ne se contente pas de relater le déroulement de la croisière, Car, à travers les sabords du Rossia , Jean Lallouët ne voit pas que les paysages, d’une sérénité et d’une poésie exceptionnelles, baignés par la Neva, les immenses lacs de Carélie, le Ladoga et l’Onega, les canaux qui mènent à Iaroslavl, une des capitales de l’Anneau d’or, et la Volga aux abords de Moscou. Il se penche aussi sur les petites et grandes pages de l’histoire russe, la corres- pondance entre Catherine II et Voltaire, l’étrange personnage de Raspoutine ; il nous livre quelques vers de Pouchkine et nous conduit des fontaines de Peterhof, le Versailles russe, jusqu’aux entrailles du métro moscovite en passant par les fabu- leuses églises de Iaroslavl, une des plus belles étapes de l’Anneau d’or. Véritable guide d’initiation à la Russie occi- dentale, cet ouvrage richement illustré des photos de l’auteur alterne les visites, portraits, rencontres et égrène les petits riens qui font le charme du quotidien en Russie, des pelmeni, les raviolis russes, au secret des matriochkas, en passant par le kvas, les tuiles de tremble, l’ours Medved ou la tradition du toast. Le livre nous présente aussi les grands rendez-vous de la vie à bord, les apéritifs aux bars des Tsars oudu Président, les repas en musique, bien sûr, mais aussi les cours de cuisine, les ateliers de chant, de langue russe, et les conférences sur l’histoire et la société données par les accompagnatrices francophones. une autre russie « La croisière permet bien sûr de découvrir les fascinantes capitales russes, Moscou et Saint-Pétersbourg, et leur patrimoine exceptionnel, explique-t-il, mais navi- guer sur le canal Volga-Baltique permet également de ressentir l’immensité du plus vaste pays du monde et de découvrir des petites villes russes beaucoup moins riches, commeOuglitch, qui ont peu évolué depuis cinquante ansmais où l’on est extrê- mement bien accueilli. J’aime le côtémoins clinquant de ces villes dites “provinciales”. Elles sont essentielles pour comprendre la Russie d’aujourd’hui. » « En échangeant avec les passagers du Rossia , j’ai d’ailleurs pu constater à quel point la croisière était une excellente entrée en matière pour ceux qui découvraient le pays pour la première fois. La navigation sur les grands lacs est un bonheur. Nous sommes très au nord, dans une nature tota- lement préservée et impressionnante. » C’est notamment le cas lorsque l’horizon révèle la majestueuse silhouette de l’église de la Transfiguration, sur l’île de Kizhi sur le lac Onega, cette extraordinaire église de bois aux 22 bulbes argentés, qualifiée de «poème de bois» par les Russes. une folie fluviale L’auteur rend aussi hommage aux ingé- nieurs russes et soviétiques qui, avec obsti- nation – et au prix d’énormes souffrances–, ont bâti le système de canaux et d’écluses monumentales qui permettent deparcourir les 1300kmqui séparent les capitales russes par voie fluviale. C’est en quittant le lac Onega en direc- tion du sud qu’on entre dans le fameux canal Volga-Baltique. Fortement remanié sous Staline, en 1964, il a remplacé l’an- cien système de Mariinsk, initié par Pierre leGrand, terminé au xix e . Ses 360 kmen font le plus long canal artificiel aumonde. Le passage des dix-sept grandes écluses, qui ont fait l’orgueil des ingénieurs sovié- tiques, compte parmi les temps forts du voyage. « C’est un bidouillage incroyable qui avait pour but de relier Moscou aux cinq mers de Russie. Il y a eu des travaux titanesques, des villages engloutis. Il n’était pas question d’enquête d’utilité publique à cette époque, et la mère des Russes a beaucoup exigé de ses enfants », poursuit l’auteur. Avec à l’appui une photo en double page qui montre le magnifique clocher de l’église de Kaliazine, «dont le sommet émerge avec élégance et dignité au milieu du fleuve pour rappeler, tel un phare, que sous la surface de l’eau dort pour l’éternité une ville sacrifiée ». Une croisière à tai lle humaine La vie à bord est à l’image de la croisière, à dimension humaine. La navigation se fait sur de petites unités de 250 passagers, ce qui autorise une grande proximité entre les passagers et le personnel, très attentionné. « Ce sont des navigations courtes qui conviennent bien à ceux qui ne sont pas trop attirés par les longues croisières maritimes, et à la Russie, un pays qui, par la route, peut paraître bruyant et congestionné », explique Jean Lallouët. « Sur l’eau, on vit au rythme de la Russie profonde, unmonde qui ne change pas, à des années-lumière de la bourgeoisie deMoscou et de Saint-Pétersbourg, avec un patrimoine religieux d’une incroyable richesse. » Une croisière entre Saint-Pétersbourg et Moscou est l’une des manières les plus pertinentes, les plus agréables et les plus intelligentes d’aborder la Russie. Ci-dessus : elle est pas belle, la vie sur la Volga ?
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